Composer avec le vide

Et si nous donnions un peu d’air à nos photos ? A la façon d’un dressing trop encombré après les soldes, je vous propose de faire un peu de ménage et de vous aider à nettoyer vos photos.

Comment les espaces vides peuvent être porteurs du message ? Nous allons voir dans ces quelques lignes qu’il est possible de sortir beaucoup de choses du vide et qu’en laissant de l’espace à notre sujet, nous pouvons en tirer beaucoup de sens.

Plus de place pour le sujet

Jouer avec le vide ne veut pas dire qu’il faut se passer de sujet. Bien au contraire, composer en laissant de grands espaces affirme un choix plus profond. Épurer le cadre laisse de la place au sujet et de fait le met d’autant plus en avant.

En n’étant pas dilué dans une marée de détails, l’élément central de l’image profite de plus d’impact. Sans détails pour se raccrocher, l’œil se perd dans le cadre et l’attention est attirée sur la seule chose possible : le sujet.

La photo ci-dessous nous montre un bâtiment isolé au milieu des nuages. Si on se pose la question de l’intérêt de ce bâtiment, on en fait très vite le tour. En soit rien de bien folichon : il est plutôt imposant mais son architecture n’attire pas particulièrement l’œil. Ce qui est intéressant ici n’est pas tant son apparence que sa situation : en altitude et au pied du vide. Pour mettre en avant cette caractéristique, il faut montrer ce qui entoure le bâtiment : en l’occurrence le vide.

En plan serré le bâtiment n’aurait pas eu le même impact que dans son environnement.

Cela nous amène à un autre intérêt du vide : montrer le sujet dans se qui l’entoure. Ou plutôt ici dans ce qui ne l’entoure pas. Ce n’est pas parce que notre sujet est au milieu de rien qu’il ne faut pas montrer ce rien ! C’est le vide qui l’entoure qui crée ce contexte si intéressant.

Prenons cette barrière au milieu d’une prairie. Considérée seule, la barrière n’a pas beaucoup d’intérêt mais montrée au milieu de cet immense espace elle prend un autre sens.

A quoi sert cette prairie à perte de vue ?

Calme et solitude

Montrer le vide ce n’est pas rien montrer, c’est montrer qu’il n’y a rien ! Derrière cette phrase bien alambiquée, vous pouvez comprendre que montrer le vide revient à montrer l’absence. Si la barrière vue plus haut pouvait ressentir des choses, elle se sentirait bien seule au milieu de cette immensité.

Le vide est une façon de montrer la solitude

Laisser de la place dans le cadre permet aussi de laisser le sujet respirer. C’est une démarche liée à l’ouverture et implicitement, ça dégage une impression de calme. Regarder une image très peu « polluée » par les détails ne demande pas beaucoup de travail à l’œil et ainsi encourage à la contemplation.

Comparez les deux photos ci-dessous. Entre le phare posé sur une mer calme et le bouillonnement de détail des enseignes de la rue, le sentiment renvoyé par les deux images sont clairement différents.

D’une balise posée sur l’eau…

…aux façades de New York.

Bilan

Le vide est un outil de composition finalement assez naturel. C’est une façon d’appuyer le sens d’une image. J’aurai pu parler de l’utilisation du vide pour exprimer la démesure, jouer avec les aplats de couleurs, montrer les différences d’échelles,… mais c’est aussi à vous d’interpréter les choses à votre façon. Comme d’habitude dans ce genre d’article, je vous propose des pistes de réflexions et c’est à vous d’en faire ce que vous voulez.

Par bien des aspects, le choix du vide se rapproche d’une recherche de simplicité dans la composition. A la façon de la photo minimaliste, l’idée est d’aller chercher ce qu’il y a de plus percutant dans la scène sans s’embarrasser des détails.

Si le vide est si significatif ça ne veut pas dire qu’il faut l’utiliser à outrance. La ville vue plus haut se démarque du paysage au phare car la rue y apparaît plus agitée, plus bruyante, plus active,… mais c’est ce qu’on attend d’une ville ! Les idées traitées sont complètement différentes tout simplement parce le message à faire passer n’est pas le même. Il est possible de rendre la ville calme et la mer bruyante mais ça c’est une autre histoire…

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