Le surcadrage: l’art de cadrer avec un cadre

Alors oui, je suis d’accord avec vous, ça fait beaucoup de fois le mot « cadre » dans un même titre mais je tenais à vous préparer à ce que vous allez lire dans la suite. Dans cet article, nous verrons quelques pistes pour exploiter le surcadrage dans une composition. Nous verrons quels messages il est possible de faire passer et comment mettre tout ça en œuvre.

Qu’est-ce que le surcadrage ?

Avant de commencer, définissons notre sujet: une photo présente un surcadrage lorsqu’un cadre est représenté à l’image. Le surcadrage devient intéressant lorsque l’action, l’objet ou la personne que vous voulez montrer se trouve dans le cadre ainsi représenté.

Le sujet est dans le cadre

On parle de surcadrage car l’objet (ici un paysage maritime) apparait dans le cadre de la photo (ses bordures physiques) et dans le cadre représenté (ici un encadrement de fenêtre). On a donc bien un cadre dans un cadre ! Maintenant qu’on connait le principe du surcadrage, voyons comment on peut l’utiliser.

Fermer l’image

Montrer un cadre revient à fixer des nouvelles limites dans l’image, à la restreindre encore plus que ce qu’elle permet. C’est une façon de montrer l’enfermement, l’isolement, la solitude…

Le paysage est proche mais derrière une barrière

Vous pouvez ajouter une couche symbolique forte à votre image avec une simple fenêtre. C’est un objet commun mais fort de sens. On peut la voir comme une ouverture sur l’extérieur, une oasis de liberté pour un sujet enfermé. C’est une vision sur l’extérieur qui renforce sa condition de « prisonnier » en jouant sur le contraste. L’extérieur est là, bien visible, mais inaccessible, bloqué par le verre de la fenêtre.

Orienter le lecteur

En tant que photographe, c’est vous qui décidez de ce que le lecteur regarde. Le surcadrage peut vous aider dans ce sens. On peut voir le cadre comme un outil purement mécanique qui permet d’attirer le regard sur une zone précise de l’image.

il y a un détail à voir dans le paysage !

De cette façon, vous passez un message au lecteur: « J’ai encadré cette zone de l’image pour que tu t’y attardes ».

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Le sens de lecture en photographie

Le lecteur a tendance à suivre les indices que vous lui donnez. Le surcadrage est rarement accidentel et il le sait (au moins instinctivement). Il comprendra alors le message.

Transformer le spectateur en acteur

Le cadre définit la limite physique de la photo, de ce qu’elle raconte. Il détermine son « univers ». Jouer avec le surcadre permet de s’abstenir de cette contrainte pour permettre au spectateur de voir plus. Montrer le cadre, c’est montrer le contexte de la scène. Le spectateur peut s’identifier au photographe car ils sont tous les deux dans la même situation: ils regardent tous les deux une scène à laquelle ils ne participent pas.

C’est une belle façon d’impliquer émotionnellement le lecteur de l’image en le rendant complice du photographe.

Forcer la profondeur de l’image

Il n’est pas toujours évident de donner du volume à une image (notamment un paysage lointain). Mettre un cadre au premier plan ajoute de la profondeur en formalisant clairement la séparation entre les plans.

Vous pouvez en plus renforcer l’effet en choisissant une profondeur de champ courte. Les zones nettes contrastent avec les floues pour bien mettre en avant l’écart de distance.

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La profondeur de champ

Comment faire un surcadrage ?

La première chose à faire est de trouver l’objet qui pourra faire office de cadre. D’instinct, on pense à des cadres existant comme une fenêtre, une ouverture de porte, un portique,… mais en fait ils se cachent partout !

N’importe quel trou dans n’importe quelle structure, mur, tissus peut faire office de cadre. C’est finalement assez simple à trouver. Les forts contrastes entre ombre et lumière peuvent aussi faire des bordures nettes  et intéressantes.

Les poteaux servent de montant de cadre, l’éclairage fait le reste

Du coté technique, il n’y a pas vraiment de difficulté non plus. Le seul soucis que vous risquez de croiser est l’écart de luminosité entre les plans.

Par exemple un paysage vu à travers une fenêtre risque de laisser tout ce qui est à l’intérieur dans le contre jour. A vous de voir comment vous voulez interpréter cette situation mais ce n’est pas différent des cas habituels de contre jour.

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Le contre jour

Conclusion

Dans cet article, j’ai voulu vous donner quelques pistes de réflexions sur cette technique car je trouve intéressant d’interpréter les images au delà du « c’est beau / c’est pas beau ». Attention, je parle bien de « pistes », on est bien loin de vérités car avec l’interprétation, il est possible d’aller beaucoup plus loin.

Pour élargir la réflexion, je prendrai un exemple dans le cinéma avec M.Night Shyamalan, réalisateur qui use de ce procédé très souvent dans sa filmographie. C’est d’ailleurs Glass, son dernier film en date, qui m’a donné envie de poster cet article.

Compilation de l’utilisation du surcadre dans le cinéma de Shyamalan 

Pour finir sur une note plus personnelle, j’aime beaucoup cette technique de composition. Elle ne nécessite pas de matériel particulier ni de mise en scène complexe et donne des résultats pourtant très percutants.

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Petit rappel comme d’habitude, c’est une technique de composition qui marche bien mais ce n’est pas une recette miracle ! Méfiez-vous de l’overdose! Ce n’est pas parce que le surcadrage donne des résultats esthétiques qu’il marche à chaque fois.

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