L’appareil reflex, c’est pas automatique

Il n’aura fallu que quelques décennies pour faire passer la photographie d’un usage très ponctuel à un usage quotidien. J’ai moi-même connu (et je ne suis pourtant pas si vieux !) l’époque où l’appareil photo ne sortait de sa sacoche que pour les repas de Noël et les mariages à l’occasion de quelques prises de vue éparses. Nous sommes loin des centaines (milliers?) de photos que nous emmagasinons actuellement à la moindre occasion.

Ce changement de comportement doit beaucoup au raz de marée technologique poussé par la révolution numérique. Nos appareils coûtent de moins en moins cher et sont de plus en plus performants. De nos jours le prix d’un reflex d’entrée de gamme gravite autour de 400€. Avec ça en main, vous avez déjà de quoi produire des images de très bonne qualité donc pourquoi se priver ?

Le numérique a rendu la photo bien plus accessible mais avec une contrepartie : le culte de l’objet technologique. Un appareil en particulier attise les convoitises : le reflex.

Quel appareil choisir ?

Autrefois réservé aux pros ou amateurs endurcis, le reflex est aujourd’hui bien plus accessible tant financièrement que techniquement. Il n’est alors pas rare de le voir dans les mains de personnes qui ne sont tout simplement pas faites pour en avoir un. Non pas parce qu’elles ne sont pas assez « avancées » dans leur pratique de la photo (il n’est pas question ici de talent artistique ou même de maitrise technique) mais tout simplement car ça ne correspond pas à un besoin réel.

Je ne veux pas lancer la pierre car le reflex semble une bonne idée. Il reste encore et toujours associé dans l’imaginaire collectif à la qualité d’image. Ce qui est vrai mais on « oublie » que le reflex demande un engagement. L’appareil est encombrant, lourd (surtout s’il est accompagné de plusieurs objectifs) et nécessite une longue phase d’apprentissage.

Alors oui le reflex produit des images techniquement plus abouties qu’un compact mais la qualité d’image n’est pas le seul critère à entrer en jeu dans la pratique. Compacité, simplicité, ergonomie, possibilité de retouche, connectivité… entre autres. Beaucoup d’utilisateurs de reflex se sont tout simplement mal fait aiguillé dans l’achat sous la promesse d’une image top qualité.

Le photophone en embuscade

C’est ainsi que nous voyons des heureux possesseurs de reflex laisser leur onéreux matériel prendre la poussière au fond d’un placard et se contenter de photos prises avec un smartphone. Le téléphone, bien plus simple et compact est toujours logé dans le fond d’une poche. Je ne reproche pas ce comportement, bien au contraire, selon moi il vaut mieux faire des photos avec un téléphone que de ne pas en faire du tout ! Comme on dit souvent « le meilleur appareil photo est celui qu’on a sur soi » (si quelqu’un sait d’où vient cette citation, je serai ravi d’en créditer l’auteur). A bien y penser, ces pauvres déçus du reflex auraient été plus avisés de reverser le budget de leur reflex dans un téléphone avec une fonction photo performante…

Encore un reflex qui prend la poussiere…

Car si le marché de la photo ne se porte pas très bien aujourd’hui, c’est aussi parce que les smartphones sont devenus de véritables photophones. Les capacités photo des téléphones haut de gamme n’ont pas à rougir devant des appareils photos bien plus encombrants. Nous sommes arrivés à un point où le smartphone n’est pas à exclure comme choix d’appareil photo principal.

Ce que certains photographe sont capables de faire avec un smartphone est tout simplement épatant. Bien sûr l’image manque de piqué, le bruit est parfois bien présent, la dynamique est un peu faiblarde… Évidemment car ce n’est pas un reflex mais je suis toujours impressionné (et je dois l’avouer un peu jaloux) de voir des images si réussies avec un smartphone.

Même si le matériel n’est pas au top de la qualité, celui qui a compris la photo peut en faire avec plus ou moins n’importe quoi. Le smartphone, par son aspect technique ultra simplifié, permet de se concentrer sur le cadrage, la mise en scène.

Produire des images

Nous l’oublions beaucoup trop souvent : le matériel est un outil et uniquement un outil. Ce n’est pas votre appareil qui prend les photos, c’est vous. L’outil importe peu tant que le résultat est là.

Faire de la photo, c’est produire une image et y prendre du plaisir. Si vous n’adaptez pas votre outil à votre pratique, vous risquez d’avoir du mal à vous éclater avec la photo. Le reflex est une bonne solution pour la qualité mais ce n’est pas le meilleur appareil qui existe. Un reflex n’est pas meilleur qu’un compact, il s’adresse juste à une pratique différente. Essayez de faire du tout terrain avec le meilleur vélo de course du marché et vous verrez…

Le jeu des constructeurs

Voici une pratique qui n’aide pas : tous les ans, nous avons le droit à notre lot de nouveaux modèles. Le Canikon 494D+ remplace le Canikon 494D qui sera lui même remplacé l’année prochaine par le 494D++. Et dans le sillage des communiqués de presse, fleurissent les news et les tests aux douces odeurs de spécifications techniques… Quel est le réel besoin photographique ?

D’une année sur l’autre, les évolutions matériels sont particulièrement mineures. A moins de changer complètement de gamme, renouveler du matériel qui n’a moins que quelques années n’est pas justifié. Les constructeurs aiment à nous abreuver d’évolutions mineures pour entretenir leur actualité mais la vraie rupture technologique n’arrive que très rarement.

Ne tombez pas dans le piège marketing des constructeurs ! Le nouveau modèle ne changera rien pour vous car j’ai une très mauvaise nouvelle : un nouvel appareil photo ne fera pas de vous un meilleur photographe ! Si vous voulez vraiment progresser, prenez des cours, revoyez les bases et travaillez votre compréhension de l’image,…

Un des pires symptômes est l’utilisation des thermes « Nikoniste » et « Canoniste ». Se définir par une appartenance à une marque me semble lunaire. Il n’y a aucune différence fondamentale entre les deux constructeurs. Pourtant la distinction entre les deux est telle qu’il existe de véritables communautés regroupées autour d’une marque ou d’une autre. Quel est l’intérêt de se regrouper autour du matériel ?

Faut-il jeter son reflex ?

A la lecture de ces lignes, le raccourci pourrait être pris que j’ai une dent contre le reflex. Loin de là ! C’est même plutôt l’inverse. J’ai pris des milliers de photos avec une dizaine d’appareils et mes images favorites sortent quasiment toutes d’un reflex.

Le reflex n’est pas un mauvais choix d’appareil, c’est juste que c’est un appareil contraignant qui demande beaucoup d’implication. L’idée est de revenir aux fondamentaux : quel est le véritable besoin ? Vous êtes prêt à porter deux kilos de plus en rando ? Vous êtes prêt à sacrifier votre baguage à main en avion ? Vous avez une armoire libre pour ranger votre matos ? Alors vous êtes prêt à passer au reflex. Si ces contraintes vous effraient, passez votre chemin.

Sans maîtrise, la puissance n’est rien

Tout ce que je vous amène ici reste une vision personnelle de la photo. De mon coté, je suis accompagné depuis 6 ans du même appareil (un Nikon D5100 de 2011). Il s’agit d’un milieu de gamme clairement dépassé techniquement mais qui fonctionne encore très bien. J’attendrai uniquement la panne fatidique pour le renouveler (et je ne sais même pas si je reprendrai un reflex au vu de ce que nous réserve le marché des compacts mais ça c’est une autre histoire).

L’avantage que je tire de cet appareil est une maîtrise complète de la moindre de ses fonctions. J’en connais toutes les limites et je sais directement lors de la prise de vue à quoi ressemblera mon image finale. Si je maîtrise cet appareil, c’est parce que j’ai appuyé plus de dix milles fois sur le bouton du déclencheur. N’importe quel manuel d’utilisation aussi précis soit-il n’apporte pas autant d’infos que l’expérience. Ce n’est pas le meilleur appareil du monde mais c’est celui que je maîtrise le plus.

Bilan

Le matériel n’est qu’affaire de compromis et c’est vrai que le choix est rarement simple mais quoi qu’il arrive le surdimensionnent du besoin n’est jamais la bonne solution.

Revenons un peu aux fondamentaux et adaptons notre matériel à nos besoins réels. C’est la meilleure façon de ne pas se sentir frustré dans votre pratique quotidienne de la photo. Attention aux dérives technophiles qui touchent beaucoup trop de photographes débutants. Ce qui est important dans la photo, c’est la photo ! Le moyen importe peu…

A lire également